À Saint-Firmin-des-Prés, dimanche 14 mai à 10 h du matin, Alain Godillon accueillit une soixantaine de personnes des Vieilles Maisons Françaises venues visiter le Moulin de Moncé. Le temps était incertain, mais le pot d’accueil préparé par Alain n’a pas pris une goutte de pluie. Joëlle de Redon, responsable de la délégation VMF de Loir-et-Cher a présenté meunier et moulin. Puis Pascale Desurmont, responsable de la Fondation du Patrimoine, a montré le carnet de timbres édité pour les 20 ans de la Fondation, où le Moulin de Moncé représente le Loir-et-Cher. Ensuite, Alain Godillon, après avoir remercié la Fondation du Patrimoine et les visiteurs, a expliqué les divers travaux de restauration engagés dès l’achat du moulin en 1999.

Après avoir réhabilité, avec son épouse Monique, le corps de ferme qui devient leur habitation, seul, il attaque le nettoyage du moulin lui-même. Il refait entièrement les planchers. Il remet en état tous les engrenages pour faire à nouveau tourner les deux paires de meules. Il reconstruit toute la passerelle qui surplombe les vannages de la roue sur le Loir.
En 2006, il découvre grâce à Pierre Laurand, trésorier de l’ASME, la Fondation du Patrimoine à qui il fait appel. Il obtient une subvention pour un premier gros chantier : la réfection du bardage horizontal en peuplier, cloué sur le colombage du pignon du moulin côté Loir. Voulant respecter l’authenticité de sa restauration, après maintes recherches, il trouve des clous forgés à l’ancienne… en Turquie ! Pour leur qualité d’exécution, ces travaux reçoivent le Label de la Fondation du Patrimoine en 2008.
En février 2010, la tempête Xynthia déracine plusieurs grands cyprès chauves qui tombent dans le Loir. Alain doit les débiter au fur et à mesure…

En 2015, à nouveau avec l’aide de la Fondation du Patrimoine, une seconde session de travaux est engagée : les enduits des murs extérieurs du moulin et les toitures en ardoise. Une nouvelle fois, Alain et Monique Godillon reçoivent le Label de la Fondation du Patrimoine… et le moulin de Moncé est à l’honneur sur un des timbres.

Les visiteurs étant nombreux, un premier groupe admire les extérieurs et en profite pour photographier le très beau point de vue sur le moulin depuis l’autre rive du Loir, le second groupe entre dans le moulin où Alain Godillon explique le processus de mouture du grain, le fonctionnement des engrenages et autres appareils spécifiques à la meunerie ancienne, le rhabillage des meules. Malheureusement, une pluie dense oblige les visiteurs des jardins à se replier à l’intérieur… et la seconde visite commence.

 

Alain Godillon, passionné de meunerie, ouvre régulièrement son moulin à la visite, notamment aux enfants des écoles, ravis d’écraser des grains et de tamiser la farine ainsi obtenue. Il raconte avec émotion qu’un jour une dame très âgée, toute confuse de confesser une telle bêtise, lui a montré sur un mur de la meunerie face aux meules, un petit graffiti à la craie rouge représentant un oiseau malhabile, une poule peut-être : « Je vous demande pardon, Monsieur, c’est moi qui ait fait ce dessin-là. Quand j’étais petite, je venais au moulin avec mon père qui apportait notre grain à moudre… »


Avant de finir, un peu d’histoire… Dans les archives, une pêcherie est indiquée au milieu du XIVe siècle à Saint-Firmin, plusieurs moulins sont signalés sur le Loir au XVIIe siècle, entre Saint-Firmin et Meslay. Ils appartiennent à l’Abbaye de la Trinité de Vendôme. Dans l’enquête de 1809, le moulin de Moncé possède une roue et produit 70 décalitres de blé. Après avoir été la propriété d’un fabricant de papiers de Coulommiers-en-Brie, puis acheté en 1831 par la famille de Loynes d’Autroche, le moulin de Moncé est reconstruit en 1844. Un règlement d’eau est établi entre 1852 et 1854. En 1857, le moulin est vendu à Guy Joseph Gaston de Lavau. Cette famille possède déjà le château et le moulin de Meslay où depuis le XVIIIe siècle (1736) elle fabrique des siamoises, toile mi-soie mi-coton. Le moulin faisait partie intégrante d’un ensemble comportant, outre le château de Moncé, le parc et la chapelle Saint-Michel, les écluses, les bâtiments d’habitation du meunier, une grange, un toit à porcs, un terrain en coteau creusé de deux caves dans le roc, le jardin, une parcelle de terre, l’îlot sur le Loir et un pré.

À Moncé, il y a encore un gros chantier à faire : remplacer les aubes, toutes disparues, sur la grande roue Sagebien (1848/58). Les nouvelles aubes, prêtes à poser, taillées dans de l’azobé, bois africain très dense et très lourd, sont entreposées dans la halle du moulin. Mais avant de les installer, il faut qu’Alain Godillon scie plus de 800 boulons, toujours en place sur l’armature métallique de la roue. Un nouveau et gigantesque chantier en perspective !