Le Vieux Moulin de Tréhet

Le Vieux Moulin de Tréhet

Tréhet – Moulin banal du Domaine (1903)

Le « Vieux Moulin de Tréhet », petite bâtisse dont la partie la plus ancienne est « à pans de bois », se trouve à quelques centaines de mètres du Loir, sur un petit affluent, le Niclos, rivière de Villedieu-le-Château. Placé au centre du bourg, tout près de Notre-Dame de Tréhet, jolie petite église du XIe siècle où subsistent encore des fragments de fresques, il est juste à côté de la mairie-école.
Moulin banal du Domaine de l’Aunay ou Aulnaie, il est alimenté par un bief creusé par des moines, puis empierré sous Louis XII, aux dires des Anciens. Une chute d’eau entraîne la roue « par-dessus » vers l’avant. Non loin de là, dans la chapelle troglodyte du XIIIe siècle, se trouve le Four banal du Domaine.
Mentionné pour la première fois, dans une charte du XIIe siècle, le Moulin fait partie de « la terre de Tréhet : hostel, moulin, métairies, diverses dépendances » appartenant à Jean de Tréhet, puis à son fils Guillaume.
Puis, un acte indique : « Le 13 juillet 1445, M. Jehan Bouju doyen du Mans, seigneur de Tréhet, donne à rente perpétuelle à Micheau Guimplier le moulin de Tréhet, avec les courtils devant ledit moulin, une petite cave pour mettre les ânes, et une pièce de pré, le tout moyennant 10 setiers de blé par an ». En 1465, il appartient à son fils, Alexis Bouju, chanoine de Saint-Martin-de-Tours.
En 1516, année où François Ier accueille Léonard de Vinci au Clos Lucé à Amboise, le 10 avril, « Rolland de Pontavice, seigneur de Tréhet et de Corbeon, écuyer… (accorde) une nouvelle rente perpétuelle de 6 boisseaux de seigle. »

Le « Moulin du Bourg » se compose alors de « la chambre à feu, la halle de moulin avec le grenier dessus ». Son fils Charles, compagnon d’Henri IV, après le démantèlement des places fortes de Vendôme et Lavardin, accueille son roi et ami. Ainsi, le 22 novembre 1589, Henri IV s’arrête à Tréhet, au soir de la capitulation de Montoire, pour recevoir l’hommage des habitants de Villedieu qui ont vaillamment défendu la forteresse contre les troupes de la Ligue.
En 1653, Marie, petite-fille de Charles de Bigot, famille anoblie par Charles V pendant la guerre de Cent Ans, épouse Sébastien Ruau du Tronchot, le moulin fait partie de sa dote.
Sur la carte de Cassini de 1750, celle du Vendômois, le moulin figure en bonne place.
Après avoir appartenu à Charles Quentin, juge du présidial de Tours, et à son épouse Marie Péan, il est acheté en 1758 par Joseph de Querhöent, seigneur de Montoire, qui décède en 1782. Sa veuve, de la « dernière charrette » est guillotinée le 8 thermidor an II (26 juillet 1794), le surlendemain c’est au tour de Robespierre…
En 1805, le moulin est reçu en héritage par Thaïs et Marie Pélagie Huchet de Cintré, qui le donnent à leurs neveux, Constant et Aimé, en 1817.

Lors d’une enquête nationale, en 1809, les propriétaires du moulin devant en prouver l’antériorité montrent les titres de propriété de 1655 et 1733 hérités des Querhöent. Le moulin écrase 60 doubles décalitres de blé par jour. La roue alimentée par une chute d’eau entraîne une paire de meules provenant de Tours.
Il est acheté en 1818 par deux industriels, MM. Pothée de Bessé-sur-Braye et Besnier de Montoire, puis en 1824 par Julien Quetin, fabricant de papier au moulin de Paillard à Poncé. Avec son épouse, il en fera donation en 1834 à son fils Auguste Rémi, dont la soeur Émilie héritera en 1846. Avec son époux, Jean Satis, médecin de Vendôme, elle le vend en 1848 à François Chevalier, meunier. Il appartiendra ensuite à des meuniers successifs jusqu’en 1959, année où il cessera définitivement de tourner.
La roue !La roue et le mécanisme ont été refaits en mars 1943. L’appentis de devant est démoli en partie pendant la guerre, car toujours en état de fonctionner en 1944 le moulin actionne un banc de scie placé dans les écuries, où ont dormi les chevaux d’Henri IV.
Le moulin, au mécanisme encore intact, est vendu en 1962. Il est maltraité par ses nouveaux habitants qui jettent la « meule courante » par la fenêtre et bloquent la roue qui privée d’eau se dégrade très vite. Pour rehausser le sol de la halle du moulin, ils récupèrent des pierres de tuffeau en rasant le four à pain et à sa place construisent un garage en parpaings et fibro-ciment…
Garage en parpaings et fibro-cimentCependant, racheté en 1986, le bâtiment va retrouver son allure primitive pour redevenir le moulin d’antan. Toutes les cloisons récentes sont retirées et les murs remis à nu. Les grandes cheminées en tuffeau dégagées des briques rajoutées. Les pierres de la meule tournante sont retrouvées en 1995, lorsque le carrelage du sol d’origine est dégagé.
En 2007, sur le bief, les trois vannages sont refaits à neuf.
En 2007, sur le bief, les vannages sont refaits à neuf
En 2009, l’appentis de devant reconstruit à l’identique en tuffeau et tuiles anciennes.
En 2010, le pignon Sud, où se trouve la roue, hélas tombée en ruines, restauré et ravalé.
Cette dernière restauration vient de recevoir le Label de la Fondation du Patrimoine (octobre 2010).
Ravalement avant-après.

Cependant, il reste encore à démolir le hideux garage pour refaire un petit bâtiment, semblable à celui qui abritait le four à pain jusqu’en 1970, le long du pignon levant, comme sur la carte postale ancienne postée en 1903. Et, bien sûr… la roue à augets !