La Centrale de Moulin Neuf à Villeherviers

Moulin Neuf : l’innovation nourrie par la Sauldre
À Villeherviers, Moulin Neuf cache une centrale, mais pas seulement. La propriété abrite aussi tout un pan de l’histoire de la famille Normant.

Notre moulin ci-dessous est… une centrale électrique, reconstruite sur le site d’un ancien moulin, devenu au 19e siècle site industriel dépendant de la manufacture Normant de Romorantin.
Nous reproduisons avec l’autorisation d’Olric de Briey, une description parue dans la Nouvelle République du 12 aout dernier.
Olric de Briey indique l’emplacement du moulin Baltan aujourd’hui disparu. Il était là depuis au moins le début du XIIIe siècle.

Olric de Briey indique l’emplacement du moulin Baltan aujourd’hui disparu. Il était là depuis au moins le début du XIIIe siècle.

La Sauldre par la qualité de son eau était déjà appréciée des Romains pour le traitement de la laine. De nombreux moulins à foulon comme à grains y étaient installés. Le Moulin Neuf situé dans la propriété éponyme, à Villeherviers, a longtemps été équipé de deux meules à blé et une à foulon pour le traitement de la laine. On retrouve la trace de l’ouvrage dans des archives dès 1237. Sur la même propriété, à une centaine de mètres en amont le Moulin Baltan, de la même époque, était, lui, équipé d’une meule à blé. Il est aujourd’hui disparu.
C’est en 1817 que le destin du site va changer. Les trois frères Normant, les fameux pionniers dans l’industrie de la laine et du drap, Antoine, Jacques et René-Hippolyte, achètent la propriété pour 24 mille francs. Ils y apporteront la prospérité. En 1864, les Normant, toujours à la recherche de l’innovation et du progrès, installent une grande roue à aubes de 4 m de largeur et 9 m de diamètre. Elle est supportée par un axe qui sera relié à un alternateur pour produire de l’électricité et des poulies pour transmettre directement de l’énergie mécanique.
En 1900, on comptait ici 350 ouvriers, dont 150 apprentis qui recevaient une formation scolaire par des maîtres le matin et travaillaient à l’usine de draps l’après-midi. Jusqu’à ce que l’activité industrielle soit transférée faubourg Saint-Roch.

Ancien alternateur de marque Brown Boveri

Les Normant, pionniers et avant-gardistes
La réussite de la dynastie Normant a été d’utiliser les technologies d’avant-garde. L’ancien alternateur de marque Brown Boveri qui fonctionna ici le prouve, c’est un prototype d’une série qui porte le n° 1. Il fournissait une puissance de 33 kw sous une tension de 2.000 volts ! À la fin des années 45, pour faire face à la défaillance chronique de la distribution d’électricité, on construit une nouvelle centrale 200 kw entraînée par une turbine verticale, la tension élevée à 5.000 volts alimente les usines situées à 4 kilomètres dans le faubourg Saint-Roch. L’entreprise florissante a généré des milliers d’emplois durant plus d’un siècle et demi.
Après la guerre, l’arrivée des fibres synthétiques combinée aux économies émergentes à bas coûts rend la concurrence impossible. L’entreprise Normant ferme en 1969. Dix ans plus tard, la centrale de Moulin Neuf, devenue inutile, est démontée et ferraillée.

À droite, la nouvelle centrale imaginée par son père, Anthoine de Briey, fonctionne toujours. Une passion de famille.

À droite, la nouvelle centrale imaginée par son père, Anthoine de Briey, fonctionne toujours. Une passion de famille.

La fin de la centrale  ?
C’était sans compter sur l’entêtement visionnaire d’Anthoine de Briey, un gendre Normant, qui se lança le défi de redonner vie à son moulin. Un pari insensé vu le faible potentiel de la Sauldre ! La mémoire de ce lieu méritait mieux que de devenir un musée à la gloire des années flamboyantes. Après avoir parcouru la France, étudié les sites hydroélectriques, les usines de fabrication, consulté les spécialistes, il n’hésita pas, en 1987, à investir 3,5 millions de francs (près de 900.000 € actualisés 2015) ; « Je sais que cet investissement ne me rapportera pas la richesse, mais je le fais pour mes enfants et les générations futures en créant aujourd’hui de l’emploi et demain de l’énergie propre », déclarait-il alors. Décédé en 2006, aujourd’hui, ce sont ses fils Olric et Gilles de Briey qui ont repris le flambeau. Avec la même passion.

Repères
Comment ça marche ?
Une turbine verticale est gérée par un automate qui selon le débit de la Sauldre optimise l’orientation des pales. Elle est reliée à un alternateur de 220 kw qui produit un courant basse tension de 380 volts, transformé en 20.000 volts, il est directement injecté sur le réseau ERDF pour être commercialisé.

Cor. NR : Jean-Guy Foucard

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