Le 14 septembre dernier, chez Christine et Roland Manouvrier : inauguration de la nouvelle centrale électrique de Couture, installée sur le déversoir du vénérable Moulin Ronsard. Beaucoup de monde était là, parmi les personnalités présentes : Claire Foucher-Maupetit, conseillère départementale, Philippe Mercier, premier vice-président des Territoires Vendômois, Monique Richard, maire de Couture, Galiène Cohu, maire de Loir-en-Vallée, ainsi que de nombreux élus des communes voisines. Et parmi les personnalités des différentes instances de l’Eau, entre autres, Nicolas-Gérard Camphuis, directeur de la délégation Centre-Loire de l’Agence de l’Eau Loire-Bretagne (AELB), Marc De Maria et Pierre Steinbach, anciens responsables de la défunte ONEMA et Philippe Chambrier actuellement l’élu responsable du service des milieux aquatiques à la Communauté des Territoires Vendômois, qui fut président du SIERAVL (Syndicat Intercommunal d’Études, de Réalisations et d’Aménagement de la Vallée du Loir), maintenant dissout. Les adhérents de l’ASME étaient représentés par Jean-Pierre Rabier, président, Michel Bavoux, Claude Beauvais, Alain Godillon, André Lacour, et les différents producteurs d’électricité de l’association : Édouard de Bondy, Olric de Briey, Patrice Leroux et Jean-Claude Royoux, certains accompagnés de leurs épouses. Marc Aybes et Dominique Gille assuraient le reportage. Tous étaient venus voir ces deux énormes vis sans fin, dites d’Archimède, tourner très lentement dans le Loir. 

Un peu d’histoire :

En 1484 eut lieu un aveu à Lavardin pour le moulin de la Possonnière ou du Ronsard. Au XVIe siècle, il dut faire partie du lot attribué, lors du partage de la succession paternelle, au poète Pierre de Ronsard, qui y aurait habité. C’était alors un moulin à blé.
Au XVIIIe siècle, il appartint à la famille d’Estaing (à qui plus tard un ancien président de la République rachètera la particule). En 1769, il est loué à bail pour 12 sols d’argent par an, six anguilles et six canards. Le moulin resta possession des seigneurs de la Possonnière jusqu’en 1793, date à laquelle il fut vendu comme bien national et acheté par la famille de Partz qui possède le château de La Flotte, situé de l’autre côté du Loir, dans la Sarthe. Ce château avait appartenu à la famille de Joachim du Bellay, autre poète de La Pléiade. C’est à la même date que la famille Hallopeau acheta le manoir de la Possonnière, maison natale du poète Pierre de Ronsard.
Au XIXe siècle, il devint moulin foulon pour la laine et le chanvre. Un rapport officiel de 1809, précise qu’il « a grand besoin de réparations ». En 1897-98, à la demande de M. de Partz, une première étude est menée en vue d’y créer une centrale hydroélectrique. Son propriétaire demande également qu’un règlement d’eau soit établi pour le moulin.
Au début du XXe siècle, le 11 mai 1911, l’autorisation de « détruire la roue pour la remplacer par deux turbines destinées à alimenter en électricité les communes alentour » est accordée. En 1912 les turbines, une Fontaine et une Francis, y sont installées. En 1928, le moulin abrite une laiterie, qui sera rapidement fermée par les services de l’hygiène. En 1933, la compagnie d’électricité Maine-Anjou, avec les deux turbines du moulin, fournit toujours de l’électricité aux communes de Couture, Sougé et Poncé.
Le 5 août 1937, Henri Saunier, propriétaire, demande l’autorisation d’y installer une usine de fabrication de plaques d’accumulateurs électriques, industrie classée 2e catégorie, et pour ce faire d’y aménager les bâtiments et des ateliers. L’enquête commodo et incommodo a lieu du 5 au 19 février 1938. Un avis favorable est délivré le 6 avril 1938, l’usine ouvre en 1939. En 1947, nouvelle demande, pour installer des appareils de broyage d’oxydes de plomb destinés à la fabrication de plaques d’accumulateurs à partir de vieilles batteries usagées. Toutes les précautions (bacs de décantation) pour éviter la pollution (acides, oxydes et plomb) de la rivière proche étant prises, l’autorisation est accordée, le 3 juillet 1948, car l’usine « est située à 500 m de toute habitation ».
Puis, cette usine fabriquera des batteries. Elle fonctionnera de 1983 à 2001, employant 35 salariés. Le moulin est ensuite vendu et connaîtra bien des vicissitudes, entre autres, un incendie…
En 2011, bien que vivant en Dordogne, les Manouvrier, Christine est originaire de la Sarthe toute proche, et malgré l’état pitoyable dans lequel se trouve le moulin, l’achètent. Le barrage est long de 70 mètres et la hauteur de chute de 1,70 m. Ils ont un projet : créer une entreprise fournissant de l’énergie verte, propre et renouvelable. Ils recherchaient le site adéquat depuis plusieurs années, le moulin de Ronsard et son environnement sur le Loir les séduit : « Nous voulons faire revivre ce site, et répondre à notre manière au défi écologique. »

La centrale hydroélectrique : de l’énergie verte

 

Christine et Roland Manouvrier ont investi un million d’euros dans cette réalisation. Il ne s’agit plus de turbines ici, mais de deux vis d’Archimède « ichtyo-compatibles » qui tournent suffisamment lentement pour ne pas broyer les poissons qui se risqueraient à les franchir. Ils ont accepté toutes les contraintes imposées par la Loi sur l’Eau et les différents services de l’eau pour la « continuité écologique » : passe à poissons, passe à anguilles, réfection des vannages avec régulation automatique, notamment (coût 200 000 €)… et des réunions à n’en plus finir. Grâce à cela ils ont obtenu une subvention de 120 000 € de la part de l’Agence de l’Eau Loire-Bretagne. Le dossier est monté en 2011. Les démarches sont arrêtées en 2013 en raison de diverses difficultés administratives, puis relancées en 2015. Les travaux, menés par Merytherm bureau d’étude, installé à Méry-Tilff en Belgique, débutent en 2017. Ils ont duré une année entière. Mais le résultat est là : la centrale fonctionne et produit de l’électricité depuis le début mars 2018, soit déjà 230 mégawatts début septembre.
Nicolas-Gérard Camphuis, directeur de la délégation Centre-Loire de l’Agence de l’Eau Loire-Bretagne a prononcé un discours, se réjouissant de cette installation innovante qui a été menée à bien et qui fonctionne maintenant. Puis Nicole Richard, maire de Couture, après un rapide historique de ce moulin, a exprimé son contentement de voir cette réalisation arriver à son terme et sa mise en route dans sa commune.
Roland Manouvrier, producteur de crèmes glacées haut de gamme et de pétales cristallisés en Périgord, après avoir salué les représentants de l’AFB (Agence Française pour la Biodiversité), la DDT (Direction Départementale des Territoires), l’AELB (Agence de l’Eau Loire-Bretagne) et la communauté de communes des Territoires Vendômois, ainsi que toutes les personnes présentes, raconte : « Le moulin existant avant 1792, il a toujours son droit “fondé en titre” c’est-à-dire l’autorisation de moulinage, un des rares droits féodaux que les révolutionnaires ont préservé, connaissant l’intérêt économique et social des moulins. En installant une usine hydroélectrique au moulin Ronsard, mon but était de produire une énergie propre. Le site existant avait un potentiel, il fallait le faire revivre, tout en préservant la nature, l’environnement et la faune aquatique. Les vis sans fin que nous y avons installées sont des machines dites “éco-compatibles”. Elles tournent très lentement : 21 tours par minute. Chacune produit 70 kW par heure. Il fallait redonner à la rivière son fonctionnement écologique. Les sédiments et les poissons peuvent à nouveau passer, auparavant la rivière était bloquée. Un investissement d’un million d’euros ne se rembourse pas vite. Avec mon épouse, nous ne rentrerons sans doute pas dans nos frais. Nos enfants peut-être ? Nous avons un contrat avec EDF car nous réinjectons dans le réseau la totalité de l’électricité que nous produisons. Nous ne percevons que quelques centimes d’euros par kiloWatt. Notre objectif : produire 850 000 kW par an. En 2019, nous commencerons la rénovation du site, bâtiments et terres environnantes. Nous n’avons pas encore une idée précise du but final. Les bâtiments de l’ancienne usine de batteries sont grands, peut-être pourrions-nous les louer à une entreprise. Et dans la partie moulin et habitation qui ne manque pas de cachet, cette région de la vallée du Loir est très jolie et touristique, y faire un gîte ? »
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