Meung-sur-Loir

Samedi 10 septembre dernier, l’ASME a organisé sa traditionnelle promenade d’automne, dans les rues de Meung sur Loire. Nous étions quinze de l’ASME, accompagnés de huit magdunois également passionnés de moulins
Meung, sur les multiples bras des Mauves, fut un site meunier exceptionnel, du XIIIe siècle (premiers moulins à foulon) jusqu’au début du XXIe. Les derniers moulins à farine, devenus importants, ont cessé leur activité en 2010 et 2012.

A l’origine, La Mauve était une rivière « normale », avec beaucoup moins de ramifications qu’aujourd’hui. Des « divises » ont été creusées par l’homme, créant ainsi des bras supplémentaires pour installer de nouveaux sites de moulins. On dit maintenant Les Mauves.
Au XVe siècle on comptait déjà 8 moulins à papier. Le dernier ferma en 1842. Les moulins à tan, et surtout les moulins à céréales alimentés par la Beauce alentour, prendront le relais. En 1930 on comptait 26 moulins en activité.

Un atelier de mécanique fut fondé à Meung par M. Clayette, ingénieur des Arts et Métiers, puis repris au début du XXe siècle par Célestin Carron, autre Arts et Métiers. Il y installa une fabrique « d’appareils à cylindres », broyeurs et convertisseurs de meunerie, qui connut un développement rapide sur le marché régional. Mort jeune, la plupart des machines furent commercialisées avec la plaque : Veuve Carron. Deux de nos adhérents ont conservé les leurs, le moulin de Montcellereux en possédait quatre qui ont tourné de 1912 à 1968, le moulin de Grotteaux en possédait un, maintenant dans la grange de Rochechouard. L’atelier changeant plusieurs fois de nom, devint dans les années 1930 les établissements Perrot qui continuèrent à fabriquer et entretenir des matériels pour « moulins, graineteries, silos » jusqu’aux années 1980.

En 1960, 12 moulins fonctionnaient encore, 10 minoteries et 2 moulins abritant des commerces de grains. Le moulin du Coutelet s’agrandit en rachetant les bâtiments de son voisin, le Moulin Rouge. L’affaire mérite d’être contée : plusieurs années auparavant, le Moulin Mouge ayant cessé son activité, le bâtiment était vide. La roue encore en place était en très bon état. Maximilien Régnier propriétaire du Coutelet, approcha le propriétaire du Moulin Rouge, proposant de lui racheter sa roue, pour remplacer la sienne en mauvais état. L’affaire conclue, la roue est démontée… Quelques années plus tard, le propriétaire du Moulin Rouge décide de vendre son bâtiment inutilisé. Maximilien Régnier, en croissance, aurait bien besoin de s’agrandir : il démontre à son voisin qu’un moulin sans roue n’a pas de valeur, et emporte l’affaire pour pas cher !

En 1970, 9 minoteries subsistent, 6 d’entre elles ayant nettement augmenté leur production.

En 1980, alors que partout la diminution du nombre de moulins s’accentue, les 9 sont toujours là, et 4 ont encore augmenté leur contingent (quota maximum de blé pouvant être écrasé).

Ils seront encore 7 en 1990 : les moulins de La Fontaine, le Moulin Neuf, Mabray, le Coutelet, les Marais, la Nivelle, le Moulin de Clan (ce dernier, éloigné du centre, nous n’irons pas jusque là).

Il en reste trois en l’an 2000, les plus importants :
– le Moulin des Marais, dont l’intérieur a entièrement brûlé en 1989. Il contient maintenant un matériel presque neuf. Il appartient à Henry Régnier, frère d’Ernest Régnier qui gère le Coutelet, tous deux fils de Maximilien Régnier.
– le Moulin de la Nivelle, propriété de M. Poirier. Avant la guerre de 1939/45, il était géré en location par Maximilien Régnier quand celui-ci s’implanta à Meung-sur-Loire.
– le Moulin du Coutelet, le plus important de Meung, avec un contingent de 118 000 quintaux de blé.

En 2001, Henry Régnier, sans successeur, cède contingent et matériel à la minoterie Cantin de Reuilly dans l’Indre — souvenez-vous, nous l’avons visitée en septembre 2013 —. Le Moulin des Marais, comme tous les autres dans le centre de Meung, a été transformé en appartements.
Peu de temps après, le Moulin de la Nivelle est racheté à son tour par le même Cantin. Mais Cantin, peut-être un peu « asséché » financièrement par la boulimie de rachats dont il fait preuve à l’époque, est lui-même repris par Agricentre — coopérative agricole de céréales + ensemble de malteries dans le Cher et l’Indre, qui a son siège à Bourges —.
Un « meccano industriel » se met en place : la production des Marais est transférée à la Nivelle, ce qui permet sans doute de répartir les moyens techniques, de transférer en douceur la gestion des clients… et, avec moindre douleur, la gestion du personnel. En 2010 seulement, le Moulin de la Nivelle ferme. L’ensemble du groupe s’appelle maintenant Axéréal, l’activité farinière devenant Axiane meunerie.
Dans le même temps, le Moulin du Coutelet semble bien se porter. La famille a pu racheter les locaux d’une fonderie voisine permettant ainsi d’optimiser le stockage de blé et farines et le chargement des camions… Difficultés soudaines ou bien « offre qui ne se refuse pas » ? Axiane meunerie rachète le moulin du Coutelet et propose des places de dirigeants aux membres de la famille encore en place. L’exploitation continue au moulin pendant plusieurs mois. Puis, deux ans après l’activité est répartie sur les sites Axiane des départements voisins.

En 2012, plus aucun moulin n’est en activité à Meung-sur-Loire. La Mairie de Meung rachète le site du Coutelet incluant l’ancien Moulin Rouge et l’ancienne fonderie.
À ce jour, un seul moulin a conservé l’intégralité de son matériel, le moulin de Clan, fermé en 1994. Toujours habité par son propriétaire retraité, Pierre Meunier, qui malheureusement ne le fait plus visiter.
Nous remercions vivement trois personnes sans qui cette promenade n’aurait pu avoir lieu : Jean-François Pichon et son épouse Pascaline, qui gèrent un lieu d’art dans une dépendance du moulin, propriétaires du Moulin de Cropet. Ce moulin fut graineterie jusqu’aux années 60. Il possède la seule roue de Meung en état de fonctionnement. Jean-François l’a refaite soigneusement il y a 3 ans. Elle est capable d’entraîner rouet, transmission, et éventuellement dynamo. Il a commencé à récupérer du matériel : meules, broyeur et moulin d’essai. Il souhaite y installer un « conservatoire de la meunerie ». Il vient de fonder une association pour concrétiser ce but : l’Association pour la Sauvegarde de la Mémoire des Moulins des Mauves, AS3M.
Pascaline et lui ont eu la gentillesse de nous accueillir en leur moulin pour notre pique-nique du midi.
La troisième personne, Philippe Régnier, meunier et fils d’Ernest Régnier et petit — fils de Maximilien Régnier meuniers souvent cités ci-dessus. Il œuvre maintenant dans un grand moulin d’Eure-et-Loir. Nous ne pouvions pas avoir de meilleur guide pour visiter les moulins de Meung.
J.-P. Rabier

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